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André Bach

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Prisons et prisonniers militaires, par Valériane Milloz


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Né le 5 décembre 1943

Général de brigade en deuxième section, c’est-à dire retraité depuis le mois d’août 2000

PARCOURS :

(relativement atypique par rapport aux autres membres de l’association.)

Entré à St Cyr en 1965 à l’issue du concours option Histoire et Géographie, (les deux autres étant à dominante scientifique et spécialisation en langues.)

Formation initiale

Passionné par l’histoire, la préparation du concours a fini de m’armer au sein de cette discipline. En effet le programme d’études était très vaste, le morceau de bravoure consistant dans le thème : « Colonisation et décolonisation : de Christophe Colomb à Nasser ». S’y ajoutait les religions étudiées en fonction de leur expansion dans le monde par la parole ou par le glaive, avec un programme très complet sur l’Islam et ses avatars ainsi qu’un programme assez lourd sur le monde de 1914 à 1945….

A St Cyr même, en liaison avec l’Université de Rennes, des cours continuaient à nous être dispensés dont certains par le professeur Henry Contamine sur 1870, 1914-18, 1940 . A cette époque il avait fait publier les « Carnets secrets du Maréchal Fayolle » et nous en avait longuement parlé.

De 1968 à 1978, au hasard de mes garnisons ( Toulouse, Montpellier, Pau) et de mes déplacements « professionnels » ( Afrique, Nouvelle –Calédonie), je me suis tenu au courant de l’activité éditoriale en histoire. Officier élève à Montpellier en 1967-68 , je m’étais penché comme mes camarades sur le livre qui venait de sortir de Guy Pedroncini sur les Mutineries. Cet ouvrage avait été mis alors à notre programme d’études.

Retrouvailles avec l’histoire

En 1978, j’optais pour l’entrée à L’Ecole Supérieure de Guerre , non par la voie classique du concours mais par la voie universitaire, le contrat à remplir pour moi consistant à obtenir en deux ans le diplôme de l’Institut d’Etudes politiques de Paris en option «  Politique Economie et Social » et une maîtrise d’Histoire. C’est ainsi que je soutenais devant Jean Baptiste Duroselle en 1981, un mémoire de maîtrise, sous la direction de Maurice Vaïsse, intitulé : «  Le colonel Mendras et les relations militaires franco-soviétiques 1933-1935»

Cela avait été un peu de l’histoire appliquée, compte tenu de mes préoccupations professionnelles. Il m’intéressait de me faire une opinion sur la question de l’incroyable faillite de 1940 en regardant agir hommes politiques et chefs militaires dans les années précédent cet effondrement aussi brutal qu’inattendu. Avaient-ils été à la hauteur de leur tâche ? Comme l’Union soviétique nous causait quelques interrogations encore dans les années 1980, j’ai donc scruté l’activité du premier attaché militaire français en URSS, ses relations avec le haut commandement militaire soviétique, avec sa hiérarchie à Paris et avec le Quai d’Orsay.

Ce mémoire m’a permis de découvrir la figure attachante du colonel puis général Mendras, agnostique, atypique, féru de littérature russe, confident de Vorochilov. En 1933, suite à l’avènement de Hitler, Staline tentait pour une paire d’années de voir si une coopération militaire pouvait se nouer avec la France. Tenue secrète, acceptée en veillant à ce que cela ne se sache pas par le général Weygand , elle a mené à des discussions poussées. Le déjà très vibrionnant Lt colonel de Lattre, du cabinet du général Weygand, y a joué un rôle très important en assurant le lien entre son chef, l’attaché militaire et le monde politique. Paradoxalement, c’est lorsque le rapprochement franco-soviétique a été publiquement annoncé que les liens se sont alors complètement distendus en 1935, chacun se repliant sur ses arrières pensées, au grand dépit du colonel Mendras.

Commandement et Enseignement

Après moultes péripéties professionnelles, à l’issue d’une expérience comme commandant en second d’un bataillon de parachutistes envoyé en interposition au Liban sous le casque bleu en 1985-1986, j’ai renoué avec l’histoire passée en devenant professeur de tactique à l’Ecole de Guerre. J’ai alors pu puiser dans sa riche bibliothèque pour alimenter la réflexion de mes stagiaires.

Le Chemin des Dames et moi

En 1988, j’étais nommé au commandement du 67° Régiment d’Infanterie à Soissons. J’ai donc arpenté pendant deux ans la vallée de l’Aisne, le Chemin des Dames et ressenti physiquement combien ce qui s’était passé dans ces paysages avait marqué d’une empreint indélébile les habitants de ces lieux.

Au hasard des manœuvres et prises d’armes, j’ai donc écouté de très nombreux récits colportés dans les familles ou bien narrés par des survivants des combats encore en vie.

Pour moi, depuis cette période, Craonne, le plateau de Californie, le moulin de Laffaux, Cerny en Laonnois, la chapelle Ste Berthe ne sont plus des lieux sur la carte mais évoquent des événements historiques très précis.

De même au hasard cette fois des remises de fourragères aux jeunes soldats du 67° RI, régiment qui a perdu en tués 100 officiers et 5000 soldats de 14 à 18, j’ai pu entendre parler des mutineries dans certaines des localités où se déroulaient ces cérémonies, dans le Tardenois en particulier.

J’ai pu approfondir ces questions en 1992 lorsque je fus nommé chef du Cours Stratégie et Histoire militaire à L’Ecole de Guerre où je revenais une deuxième fois comme instructeur.

Un historien au cœur des archives

J’étais ainsi intellectuellement préparé à affûter mon regard sur l’incompréhensible drame de 1914-18 lorsque en 1997, on me mis à la tête du Service Historique de l’Armée de Terre au château de Vincennes. J’y découvris l’immense gisement d’archives traitant en particulier du premier conflit mondial.

L’officier chargé de la conservation des archives de justice militaire m’ayant fait part de la nécessité de changer de cartons les archives des conseils de guerre, je décidais de profiter de ce remue ménage de grande ampleur pour faire constituer en parallèle une base de données électroniques recueillant le maximum d’informations sur les condamnés à mort et fusillés de 14-18 en vue d’établissement de travaux statistiques. Ce travail fastidieux, dirigé scientifiquement par moi-même, a duré plus de deux ans et a été effectué par de jeunes appelés historiens, en service national à Vincennes. En parallèle, un des plus talentueux, agrégé en histoire, Sébastien Ottavi, mettait au point pour les chercheurs un guide des sources traitant de répression militaire face aux fautes contre la discipline.

Le Service historique disposait alors d’une première approche quantitative mais aussi qualitative sur l’application de la justice militaire aux armées.

Dégagé de mes obligations professionnelles en 2000, je me consacrais alors à la mise au clair des découvertes faites dans les archives, la première étant que la répression par fusillade ne correspondait pas aux mutineries de 1917 mais bien plutôt aux années 1914-1915.

En novembre 2003 paraissait donc l’ouvrage « Fusillés pour l’exemple 1914-1915 », quasi concomitamment avec la diffusion d’un téléfilm portant le même titre et dans lequel j’intervenais notamment aux côtés de Nicolas Offenstadt et de Noël Genteur , maire de Craonne.

CRAONNE :

Sur l’initiative de son maire Craonne accueillait à la mi-novembre 2003 sa première journée du livre consacré à 14-18. Une surprise très agréable pour moi fut de découvrir une brochette d’auteurs, passionnés par leurs recherches et d’une grande ouverture d’esprit, soucieux d’enraciner leur travail dans une réalité concrète et qui assumaient leur volonté de revendiquer comme lieu d’inspiration Craonne et le Chemin des Dames . Comme moi, ils ressentaient combien ces lieux historiques qui ont engendré des interprétations si divergentes dégageaient une puissante demande de questionnement. C’est le goût spontané des uns et des autres pour la recherche sans tabou, dans le débat et l’interrogation permanente qui m’a poussé à intégrer le collectif qui s’est finalisé sous forme d’association en 2005.

Beaucoup a déjà été fait comme cela peut être constaté sur le site.

L’AVENIR :

Vice-président de cette association, je tiens beaucoup à ce qu’elle garde en s’agrandissant la convivialité qui lui a permis de voir le jour. Elle s’ouvre à tous ceux, universitaires ou non, interpellés par ce grand drame humain européen du début du 20° siècle et se reconnaît comme porte –drapeau le maire de Craonne, Noël Genteur, mémorialiste passionné des soldats venus de tous les coins de France disparaître dans la glaise de son ancien village. C’est avec respect, compassion, humilité que nous cherchons à faire réapparaître ces derniers avec leurs déterminations et aussi leurs doutes.

TRAVAUX PUBLIES :

La biographie ci-dessus explique pourquoi ma production historique est particulièrement ténue

Méritent une mention les deux ouvrages publiés chez Tallandier l’un en 2003, le deuxième en 2004

A.B., Fusillés pour l’exemple 1914-1915, Paris, Tallandier, 2003

A.B., L’armée de Dreyfus, Une histoire politique de l’armée française de Charles X au déclenchement de l’Affaire, Paris, Tallandier, 2004

Il y a une unité non apparente entre ces deux ouvrages mais elle existe portant

COMPTER

Dans ma recherche je privilégie la recherche de données statistiques  afin d’éviter les extrapolations hasardeuses. C’est à ce titre que la base de données entamées au Service Historique de l’armée de Terre continue à être complétée au hasard des découvertes, avec l’aide précieuse en particulier de Denis Rolland, président de la fédération des sociétés historiques de l’Aisne qui a retrouvé un grand nombre de fusillés disparus des archives militaires dans le fichier du secrétariat des Anciens combattants intitulé «  Morts non statués ». A la date de novembre 2005 elle comporte la trace de 2437 condamnés à mort et de 700 exécutés décomposés en un peu moins de 650 en ce qui concerne les troupes françaises ( nationaux et troupes d’Afrique confondus) , une quarantaine de civils français, allemand, autrichien, espagnol, belge , luxembourgeois, des peuplades balkaniques et à une quinzaine de soldats allemands.

Pour moi il faut absolument s’astreindre à compter. Ensuite, armé de ce garde fou on peut se plonger dans les documents officiels et les témoignages qui donnent de la chair à l’histoire mais doivent passer l’épreuve de la vérification en les confrontant aux données quantitativement qualitatives rassemblées.

PRIVILEGIER LA LONGUE DUREE

Ensuite il faut privilégier le temps long. Si terrorisante qu’a pu être la guerre de 14 pour ceux qui l’ont faite, elle n’a constitué, pour les survivants naturellement, qu’un passage dans leur vie sur terre. Il y a eu un avant et un après. Il faut intégrer ces trajectoires de vie dans la tentative de compréhension des acteurs de cette guerre.

C’est un peu dans cet esprit que j’ai entamé l’étude de l’institution militaire, en la saisissant au moment où elle prend un visage encore prégnant aujourd’hui. J’espère bien continuer sa description jusqu’en 1914 pour voir dans quel état de compétence, de ressenti psychologique, elle a abordé le premier conflit mondial compte tenu des troubles qui l’avaient parcouru auparavant comme l’affaire Dreyfus, celle des fiches, des Inventaires ainsi que l’habitude prise de la faire intervenir pour contenir l’agitation ouvrière. Les généraux de 14-18 ont vécu l’affaire Dreyfus , dans sa phase paroxystique ( 1898-1906) en étant déjà bien engagé dans leur carrière militaire. En 1898 le futur général Pétainavait 42 ans, Castelnau et Foch 47 ans.

Pour l’instant je continue ma quête entamée avec «  Fusillés pour l’exemple 14-15 » qui donnera lieu toujours chez Tallandier à un ouvrage qui montrera comment la répression a progressivement changé de nature dans les années 16-17-18, à paraître entre fin 2006 et début 2007.

VEILLER A PRODUIRE UNE HISTOIRE SOCIALE

Je cherche dans chaque ouvrage à prendre en compte au maximum les divers échelons sociaux afin de croiser au maximum les données et examiner les interactions conscientes ou inconscientes qui les traversent.

A noter quelques articles :

« Les Mutineries de 1917 » in Collection « Inventaire de la Grande Guerre » ( Encyclopédia Universalis, 2005, pp 320-325

« Le citoyen –soldat entre consentement et coercition » in Rémy Cazals, Emmanuelle Picard, Denis Rolland (dir.), La Grande Guerre, Pratiques et expériences, Toulouse, Privat, 2005, pp 321-330

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